DIRA-T-ON DE CETTE DAME QU’ELLE ETAIT UN GRAND HOMME ?

Votre disparition a fait revivre en moi, l’histoire d’une patiente que j’avais connue il y a quelques années.

C’était une femme d’une soixantaine d’année. Elle était accompagnée de son mari. Elle avait les traits tirés, ne souriait pas, elle semblait usée et fatiguée. Elle paraissait avoir 20 ans de plus que son âge.

Elle venait consulter pour une hépatite C chronique. On a alors réalisé la biopsie hépatique (à l’époque) et commencé un traitement à base d’interféron.

On n’avait pas retrouvé le mode de contamination dans son parcours de vie, mais peu importe dans 20 % des situations, le mode de contamination n’est pas retrouvé (on connait les modes de transmission mais on ne les retrouve pas toujours en parlant avec le malade).

Le traitement avait débuté et on accompagnait la patiente du mieux possible, pendant une année de traitement.

Au fil des consultations de suivi, elle s’ouvrait de plus en plus auprès de l’infirmière d’éducation. Et c’est à 3 mois, lorsque pour la première fois sous traitement, le virus était indétectable qu’elle confia son secret.

Au début des années 70, elle avait subi un avortement clandestin. Les conséquences avaient été dramatiques une hémorragie et une septicémie. Elle avait alors dû être hospitalisée en urgence. Elle avait alors été transfusée et on avait pu lui sauver la vie. Elle n’avait jamais parlé de cet événement à son mari.

Mais, maintenant on savait d’où venait son Hépatite C.

À cette époque, il se pratiquait 1 000 avortements clandestins par jour en France. Madame Veil pour dépénaliser l’avortement et lui donner un cadre légal, vous n’avez pas invoqué la morale, mais la sécurité sanitaire. Grâce à vous, on a pu éviter des contaminations de l’hépatite C. Mais, ces femmes qui avaient 20 ans, dans les années 70 n’en ont que 67 maintenant. Qui les dépistera ?

Cette patiente est aujourd’hui guérie, le temps s’est refermé sur son traumatisme qu’elle n’osa jamais raconter. Aujourd’hui on évoque le féminisme par l’égalité salariale ou le port du burkini, ce féminisme est loin du votre Madame Veil.

Mais, vous nous avez appris le combat et le besoin de se faire entendre.

VOUS ÊTES UNE GRANDE DAME ET VOUS ÊTES POUR NOUS UNE HÉPATANTE.

Pascal Mélin

 

Partager l'article

114691

Un commentaire sur “DIRA-T-ON DE CETTE DAME QU’ELLE ETAIT UN GRAND HOMME ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.