DISCOURS FRÉDÉRIC CHAFFRAIX A LA JNH LE 25 MAI 2016

 

JOURNEE NATIONALE HEPATITES

25 MAI 2016

MINISTERE DE LA SANTE

Discours de Frédéric CHAFFRAIX
Vice-président du comité de suivi du
Rapport National de Recommandations
sur la prise en charge des personnes infectés
par les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C

Monsieur le Président du comité de suivi du rapport de recommandations 2014,

Madame la Vice-présidente,

Mesdames et Messieurs les membres du comité de suivi,

Mesdames et Messieurs les acteurs de l’hépatologie, de l’addictologie et de l’infectiologie

Un an s’est déjà écoulé depuis la dernière journée nationale de lutte contre les hépatites, et nous parlons encore et toujours de l’accès au traitement pour tous les patients porteurs d’une hépatite chronique C.

En effet, ce combat a animé chacun d’entre nous ici, certain un peu plus que d’autres, de manière différente, à côté des patients d’une part et en lien avec les décideurs institutionnels et industriels d’autre part.

Les patients en attente de traitements sont nombreux, si nombreux que les témoignages ne sont pas très difficiles à obtenir tant la vie pour chaque malade avec le virus est compliquée, au niveau médical mais aussi social et psychologique. La fatigue, les troubles de l’humeur, les douleurs musculaires ou articulaires et bien d’autres, ont laissé place à la colère, la révolte, la résignation et la déprime, pour les patients qui attendent que cette épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes ne disparaisse. D’autres sont plus actifs et ont fait le nécessaire pour trouver des solutions personnelles pour enrayer leurs maux et mettre fin à leurs souffrances. Certains se sont pris d’un intérêt soudain pour un voyage en Asie (en Inde ou en Bangladesh par exemple) ou encore en Afrique (en Egypte ou en Algérie) en espérant revenir avec l’antidote tant attendu de tous leurs malheurs ou bien avec une guérison. Mais ce voyage à haut risque en vaut bien la peine pour certains qui vivent avec leur virus depuis 30, 40 ou 50 ans. Afin de caresser l’espoir de se sentir libéré et délivré de cet intrus qui s’est installé en eux.

La devise de la France n’est-elle pas la Liberté (celle de ne pas vivre avec un virus), l’Egalité (celle d’avoir les mêmes droits au traitement que son voisin), et la Fraternité (celle de favoriser l’entraide et le soutien mutuel)?

Nous avons des traitements aujourd’hui dont nous rêvions tous il y a encore 5 ans. Souvenez-vous en 2011 quand SOS hépatites demandait à Nora BERRA alors Ministre de la Santé, la possibilité d’avoir des tests rapides pour diagnostiquer le VHC. Test qu’elle nous avait promis pour la fin de l’année 2011… Alors oui, enfin, nous avons ces fameux TROD VHC (ou d’ici quelques jours) et certains osent dire qu’ils ne servent à rien sans le traitement pour tous les patients.

Penser ainsi c’est faire outrage à tous les patients porteurs d’une hépatite B chronique, qui bien que dépistés n’ont pas accès à un traitement pour guérir, alors est-ce pour autant qu’il nous faut arrêter de dépister l’hépatite B ???

Devrions-nous nous passer de dépister les usagers porteurs de l’hépatite C au risque qu’ils ne soient pas F2 sévère, F3 ou F4 ? Et s’ils l’étaient justement ? Ne pourrions-nous pas leur éviter un cancer du foie ou une transplantation ?

Non, ce combat doit aussi continuer et au delà de l’accès universel, car pour espérer mettre fin à l’épidémie d’hépatite C il nous faudra redoubler d’efforts et de stratégies pour orienter et dépister les nombreux usagers du système de santé voir même ceux qui en sont en dehors et qui ignorent qu’ils portent en eux cette maladie virale.

Le dépistage est un fabuleux outil de prévention car il va permettre à chacun de connaitre son statut et en cas de séropositivité de pouvoir faire le nécessaire pour être accompagné et prendre les bons réflexes pour ne pas contaminer d’autres personnes (entourage, famille, enfants). Dès que les traitements seront disponibles nous pourrons ainsi leur proposer. Cet axe constitue donc un double enjeu.

Le dépistage des maladies du foie par un FibroScan conjoint à ces tests rapides, constitue également un enjeu fondamental afin de pouvoir obtenir un diagnostic complet en une seule consultation et diminuer ainsi le temps d’attente insupportable pour les patients, entre les différents examens médicaux. Ne serait-il pas intéressant de proposer à chaque personne un test de dépistage complet une fois dans la vie ?

L’accès au traitement pour tous est une très bonne chose, mais allons au-delà et commençons à demander une égalité dans la qualité d’accès aux soins et la qualité des soins pour chaque malade.

Pourquoi certains auraient le droit à de l’éducation thérapeutique et pas les autres sous seul prétexte qu’ils ne sont pas suivi dans un centre hospitalier (ou un centre de soins) ? Un accompagnement (recommandé) pour chaque patient permettra également de faciliter le suivi post guérison virologique et d’évaluer les dommages collatéraux provoqués par l’hépatite et les traitements.

Chaque malade a droit à un traitement mais avec un accompagnement dans le soin de qualité. Quels sont aujourd’hui les professionnels de santé qui peuvent leur proposer dans ces conditions? Peu d’acteurs le sont faute notamment aux faibles moyens financiers (et humains) investies par les pouvoir publics dans l’organisation des soins en hépatologie notamment pour les services experts (dans lesquels je crois profondément). Voilà tout l’enjeu du traitement pour tous les patients porteurs d’une hépatite chronique C.

Cette lutte que nous menons encore aujourd’hui malgré les annonces (encourageantes ?) de Madame la Ministre (ce matin).

N’oublions pas en cette journée nationale, l’hépatite B trop souvent ignorée ou mise de côté, qui est également un enjeu colossal au vue de l’épidémie et des modes de contaminations. Il nous faut penser comment améliorer les différents éléments qui jalonnent ce parcours de santé, de la RDR (vaccination) à la prise en soins et au suivi des malades.

Il serait souhaitable que sortent également dans un court délai, après l’avis de la HAS, les tests rapides pour orienter dans le diagnostic de l’hépatite B afin de pouvoir être en adéquation avec le rapport de recommandations qui insiste sur le connaissance du statut sérologique des hépatites et du VIH. Le Test rapide unique faciliterait le travail de tous les acteurs de terrain.

Et pour finir cet arsenal d’outils de prévention, à quand l’accès gratuit (ou remboursé à 100%) du vaccin contre l’hépatite B  pour tous les usagers?

Demandons aux personnes contaminées par l’hépatite B ce qu’elles pensent du vaccin, elles vous diront que si elles avaient eu la possibilité de le faire elles l’auraient fait pour éviter de se retrouver avec une maladie transmissible à vie qui provoque des difficultés sociales et qui peut les amener à une cirrhose et à un cancer du foie.

Il ne devrait pas y avoir de débat pour ce vaccin mais un accès universel facilité.

Les hépatants B ont, eux aussi, le droit à un traitement curatif pour tous. Nous verrons cette après-midi avec Fabien ZOULIM quelles sont les perspectives de traitement pour ces patients à l’heure actuelle.

Je rêve du jour où l’ampleur de notre combat contre l’hépatite C déteindra sur celui de l’hépatite B et de la vaccination.

La lutte contre les hépatites est loin d’être gagnée et il nous faudra nous réunir encore plusieurs années et chercher ensemble des solutions avant que nous puissions dire : nous avons vaincu l’épidémie des hépatites !

Un traitement pour tous, Une guérison pour chacun, Une vaccination universelle !

Merci de votre attention.

LE POINT DE VUE DES ASSOCIATIONS DE PATIENTS. INTERVIEW DE PASCAL MELIN, SOS Hépatites

Avec d’autres associations, vous avez adressé en décembre une lettre ouverte à Marisol Touraine pour réclamer un plus large accès aux traitements contre le virus de l’hépatite C.

Qu’attendez-vous concrètement des pouvoirs publics ?

Nous voulons que s’engage une négociation sur le prix des traitements avec l’industrie pharmaceutique. Il faut savoir que tant qu’un médicament n’a pas d’AMM, et qu’il est sous ATU, il n’y a pas de négociation. Les prix actuels constituent, à nos yeux, une véritable perte de chance pour les malades. C’est inacceptable ! En outre, le nombre de malades sévères (F3 et F4) ayant accès au traitement est en baisse. Il est urgent de passer à l’étape suivante, une véritable stratégie à long terme de gestion de l’épidémie. D’un point de vue de santé publique, nous n’avons pas intérêt à laisser des réservoirs de virus. Un patient souffrant d’hépatite C – d’une forme sévère ou pas – est de toute façon contaminant. Nous devons donc traiter tout le monde. D’autant que les études nous montrent aujourd’hui que pour les F0 et les F1, on obtient de très bons résultats après seulement 8 semaines de traitement.

Vous réclamez aussi une révision du système des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) ? Rappelons là que les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) en hépatologie sont obligatoires pour l’initiation et le suivi d’un traitement de l’hépatite C par un antiviral à action directe. Composées d’au moins un hépatologue, un microbiologiste ou un interniste, un pharmacien, et un professionnel de santé en charge de l’éducation thérapeutique, elles statuent sur les demandes de traitement adressées par les médecins.

Nous devons mettre de la clarté. En effet, en France, nous avons décidé que les F2 sévères avaient droit aux antiviraux à action directe. Mais le concept de « F2 sévère » n’est pas clair d’un point de vue médical. Résultat : l’accès aux traitements n’est pas uniforme sur tout le territoire. Quant aux réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), elles ont été créées pour qu’il y ait une égalité d’accès aux traitements. Ce n’est pas du tout le cas. Nous demandons donc aussi que les RCP soient réservés aux cas les plus complexes. Par ailleurs, nous manquons de « bras » pour traiter tous les malades. Pour obtenir l’éradication, il faut former des « intérimaires » de l’hépatite C !

La France est un des pays où le taux de dépistage des hépatites B et C est le plus fort. Pourtant, vous estimez qu’il est urgent de proposer des tests rapides ?

Les tests rapides à orientation diagnostique (TROD) sont autorisés pour le VIH depuis 2010. Nous aurions dû en disposer pour le VHC en mai 2015. Mais pour le moment, nous n’en sommes nulle part. Le Conseil d’Etat a annulé le 8 avril 2015 un arrêté de juin 2013 suite à un recours du Syndicat national des médecins biologistes parce que cet arrêté nécessitait l’avis d’une Commission nationale de biologie. Or, cette commission n’existait pas à l’époque… Les TROD sont un vrai outil de réduction des risques, qui démédicalise le dépistage et touche des populations précaires. Nous en avons besoin alors que plus de 74 000 personnes ignorent toujours qu’elles sont malades. Cependant, les autorités ne peuvent pas, dans le même temps, inciter au dépistage et refuser le traitement aux F0, F1, F2. C’est odieux !

Enfin, à SOS Hépatites, vous soutenez des malades au quotidien. Aujourd’hui, après la guérison, comment reprennent-ils le cours de leur vie ?

Les malades qui ont été en multi-échec se sont ancrés dans leur pathologie chronique. Ils ont enchaîné des traitements lourds pendant des années et là, du jour au lendemain, ils ont un traitement qu’ils supportent très bien et en 3 mois, ils sont guéris. Certains risquent alors de souffrir du « syndrome de Lazare». Autrement dit, ils se sont construits une image de personne malade et ne se croient pas capables de guérir.

Nous devons réaliser que nous sommes face à la 1ère maladie chronique guérissable ! Il est donc urgent que politiquement, nous réfléchissions à comment nous devons accompagner cette guérison. Car guérison virologique ne signifie pas guérison sociale. Le patient qui a dû abandonner son emploi parce qu’il était trop fatigué, que devient-il quand il est guéri ?

Il n’est plus pris en charge à 100% par la sécurité sociale, il n’a plus le statut d’adulte handicapé…

Demain, nous aurons heureusement d’autres maladies chroniques guérissables. L’hépatite C doit être un laboratoire d’idées pour ce sujet.

UN SUPPLÉMENT TECHNIQUE SUR LES TROD

La Fédération Addiction, l’AFEF (Association française pour l’étude du foie), SOS Hépatites et Aides publient un supplément technique commun sur les Tests Rapides d’Orientation Diagnostique (TROD) des infections VIH, VHC et VHB. Le supplément est consultable en cliquant sur le lien ci-dessous: Supplément technique TROD avril 2014

Vous pouvez également accéder à l’article du site de la fédération addiction, qui revient sur le sujet en cliquant sur le lien ci-dessous:
http://www.federationaddiction.fr/supplement-technique-les-trod-tests-rapides-dorientation-diagnostique/

POUTR ETRE CRU PAR LES ENFANTS…

Quand vous n’avez que quelques minutes et que vous faites de l’information à des enfants vous essayez de rendre votre message percutant et surtout vous faites en sorte qu’il soit retenu ; il faut que ça imprime! C’est ce que nous avons tenté de faire lors de cette action à Madagascar. Cette synthèse photographique en est le condensé…

Vous avez tout compris? C’est ok?

Vous ferrez attention ? Tendez le doigt pour le TROD

L’hépatite B est la maladie sexuellement transmissible la plus rependue et la plus meurtrière, mais vous en serez protégé.

La présentation se terminait toujours dans des éclats de rire. Nous avions pu vérifier à nouveau le vieil adage : pour être cru, il faut parfois être cru !

Pascal Mélin

LAISSEZ-MOI VOUS PRÉSENTER MADAME PIC-PIC

Dans cette campagne de dépistage et de vaccination hépatite B au collège 67 hectares de la capitale Antananarivo sur l’île de Madagascar, il était fondamental d’être écouté et cru par les élèves. Dans cette ancienne colonie française, le français est une langue encore largement parlée et je n’étais donc pas inquiet de la transmission de notre message. Dans l’équipe, il y avait 12 militants d’Amsolid-nord, chargés de réaliser les TRODs et les vaccinations puis moi-même, comme médecin membre à la fois de SOS Hépatites et d’Amsolid.
Après réflexion en équipe, il semblait que j’étais le plus apte à rencontrer par classe tous les élèves garçons et filles pour réaliser en 35 minutes une formation-information, ainsi qu’un quizz de 7 questions sur leurs représentations de l’hépatite B.

J’évoquais ensuite avec eux l’épidémie d’hépatite B grâce à un diaporama spécialement conçu pour l’occasion, avec pour finir, une présentation des TRODs et de la vaccination à laquelle les filles qui avaient donné une autorisation parentale, étaient invitées.

Nous avions voulu que tous les postes et tous les espaces de rencontre entre les enfants et les acteurs de la mission soient assurés par un binôme franco-malgache. Pour ma part, je devais faire mon intervention auprès des élèves avec Monique, formidable militante et présidente d’Amsolid sud. Nous avions rapidement convenu que je faisais mon intervention en français (que tous les élèves comprennent) et qu’ensuite Monique reprenait en malgache. Je compris alors rapidement que notre binôme était une vraie valeur ajoutée et Monique un vrai clown qui savait traduire mes propos en parler vrai avec les enfants qui éclataient toujours de rire en l’écoutant.

C’est ainsi qu’elle expliquait qu’il y avait un premier petit PIC pour récupérer trois gouttes de sang et savoir si le corps hébergeait le virus de l’hépatite B. Puis, il fallait ensuite vacciner ce qu’elle mimait par pic-pic-pic. Trois piqures pour une protection à vie. Les enfants éclataient de rire devant ce clown sanitaire qu’ils nommaient madame pic-pic. Ils repartaient heureux et fiers d’exhiber le stylo que nous leur avions donné pour remplir le quizz.
Au delà de cette satisfaction immédiate, les chiffres parlaient d’eux mêmes. 381 filles avaient fournis l’autorisation parentale soit 61%. Mais sur les 243 qui avaient refusé, après quelques diapositives d’explications et une traduction accessible, 77 changèrent d’avis (31,3%) elles furent alors accueillies trodées et vaccinées.

La magie de notre action était probablement là ? En quelques jours, les enfants avaient entendu, compris le message et ils l’avaient ramené chez eux, expliquant à leurs parents l’importance de la vaccination. Un tiers des familles qui avaient refusé initialement changèrent d’avis. MERCI LES ENFANTS ! Je sais aujourd’hui que notre message est vivant et que les enfants le transmettront.
Au final, ce sont 458 élèves qui ont été vaccinés soit 73,4 % qui ont compris le risque de l’hépatite B et ont accepté de se protéger. Merci à vous les enfants de porter notre message de prévention et d’information et merci à vous madame pic-pic d’avoir permis cette réussite.

La phrase de Nietzsche s’éclairait alors pour moi: « Il faut (encore) porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse »

Pascal Mélin

IL FAUT TROUVER LA FÉE CLOCHETTE

La fée électricité si chère à Jules Verne est omniprésente dans notre vie quotidienne. Qui pense encore à elle dans notre quotidien lorsqu’on recharge un téléphone, un ordinateur, ou allume simplement une lumière…
Lorsque notre action à commencé, nous étions arrivés avec vidéoprojecteur, ordinateurs portables, diaporamas prévus pour les élèves et les professeurs… On nous avait attribué le coin jeune pour faire notre topo et là surprise !

Une seule et unique prise… Dans les salles de classe il n’y a souvent qu’un plafonnier et pas de quoi se brancher pour être en contact avec la fée électricité. Et bien sur nos listes d’élèves étaient accessibles sur écran !!

D’un seul coup, dans l’après midi Jules Vernes rappela sa fée, ce qui nous bloqua instantanément. Heureusement, l’assistante sociale partenaire précieuse du projet, était là ! Elle prit papier et crayon, puis demanda aux élèves de se mettre en ligne, nota les noms dans l’ordre sur une feuille et distribua à chacun un ticket avec son matricule, et son prénom afin de pouvoir se diriger vers l’atelier TROD et se faire dépister.

Ouf la solution était trouvée, le dépistage pouvait reprendre car, «dépisté il suffit qu’un S vous manque et tout est dépité…» Mais adieu mon beau diaporama, je devais convaincre les élèves avec mes mots mais je savais que ma fée clochette était là et veillait sur mon topo…

Pascal Mélin

LE TAM TAM AU SECOURS DES TRODS

Dans le cadre du projet vaccination à Madagascar, SOS hépatites avait demandé à ce que des tests rapides d’orientation diagnostique pour dépister les enfants déjà porteur de l’hépatite B soient effectués. Le but de cette action était de vacciner des enfants et de les protéger avant l’entrée en sexualité mais également d’évaluer le nombre d’enfants contaminés par une probable transmission mère –enfant. En effet les enfants chez qui l’on retrouve un portage chronique de l’hépatite B avant 14 ans sont habituellement contaminés lors de leur naissance par une transmission de la mère à l’enfant qui devient alors chronique dans plus de 90 % des cas.

Nous voulions donc dépister les enfants avant de les vacciner car dans les enquêtes épidémiologiques faites à Madagascar, on retrouvait entre 3 et 20 % des enfants contaminés par leur mère. Vacciner ne sert alors à rien et peut même induire l’idée que l’on est protégé alors qu’on est porteur et donc contagieux.

Le slogan est simple : « se dépister pour mieux se protéger »

Nous attaquions donc notre mission avec des TRODs de dépistage du portage de l’Ag Hbs. Mais très vite, nous nous retrouvions confrontés au fait que chez les enfants malgaches, le prélèvement sanguin capillaire et très difficile et ce d’autant qu’il faut récupérer 3 gouttes de sang. Mais c’était sans compter sur l’inventivité des militants.

Il suffit de demander aux enfants de chanter en frappant dans les mains puis de faire du tam-tam avec les doigts sur la table de prélèvement des TROD. Et ca marche !

Voilà une façon de réfléchir nouvelle … Applaudissez, vous allez être trodé. Tiens ! Bien venu à ce nouveau verbe TRODER. A soumettre à l’Académie Française.

Pascal Mélin

NICOLAS : NOTRE CLOW TRODER

Nicolas est un militant d’AMSOLID Nord au look de jeune surfeur attendant sa vague : tee-shirt sportif et lunette de soleil sur la tête.
Mais ne vous trompez pas, Nico est un vrai militant acquis à la cause… mais Nico nous a valu aussi un fou rire collectif.
En effet, Nico s’était formé à la réalisation des TRODs (Test Rapide d’Orientation Diagnostique) de l’hépatite B.
Mais pour réaliser un TROD, il faut recueillir une goutte de sang. Nous avions donc des auto-piqueurs comme ceux utilisés par les diabétiques, rétractables et à usage unique. Lors de la réalisation des premiers tests, nous avions convenu de tester les infirmières locales qui demandaient à être dépistées et qui avaient donc acceptées d’être filmées. C’est sous le regard de la caméra que le sketch se produisit : Nicolas ganté s’approche de l’infirmière, avec son autopiqueur, puis presse délicatement le doigt de celle-ci pour voir perler une goutte de sang mais …RIEN !! Nico applique alors une pression plus musclée sous la surveillance du zoom. Et là, l’infirmière explique gentiment à Nicolas qu’il a pris l’autopiqueur à l’envers et que c’est à lui-même qu’il a réalisé le prélèvement capillaire…
La vidéo montre alors Nicolas observant son gant et confirmant que l’autopiqueur n’avait jamais aussi bien porté son nom. Troder imperturbable, Nico n’écoutant que son courage repris un nouvel autopiqueur et repiqua l’infirmière et le miracle se produisit la goutte de sang apparue.

Toute cette action fut menée de main de maître avec un phlegme britannique et Nico nous démontrait que l’on pouvait troder le doigt en l’air comme un anglais boit une tasse de thé…Dans quelques jours, cette vidéo sera disponible sur YOU TUBE comme premier TROD- bêtisier. Nous ne manquerons pas d’ajouter un lien à cet article.
On dit à Madagascar que le baobab est un arbre qui a poussé à l’envers, maintenant on sait que les prélèvements capillaires peuvent aussi s’effectuer de cette façon…

Merci Nico toi aussi tu es hépatant !

PROJET DE VACCINATION À MADAGASCAR : LE REGARD D’AMSOLID

L’association AMSOLID s’inscrit dans des projets en lien avec le collège 67 hectares d’Antananarivo de Madagascar depuis 2007. Différents projets ont été réalisés comme la création et l’ouverture d’une infirmerie sur le CEG, la réfection des sanitaires ainsi que le réseau d’assainissement. En 2010, le collège créé sa propre association AMSOLID 67 hectares pour renforcer le travail de partenariat.

Un des membres du groupe, président par ailleurs de l’association SOS hépatites France, a suggéré l’idée d’organiser une campagne de dépistage et de vaccination contre hépatite B. En effet, suite à différentes études réalisées, cette maladie reste très présente sur l’île rouge.

Les différentes compétences des membres d’AMSOLID, tant sur l’éducatif que sur le social et la santé ont permis de faire évoluer et de mener à bien ce projet débuté en 2011.

Deux ans ont été nécessaires pour peaufiner cette campagne de vaccination et réfléchir aux financements possibles. Un voyage en mars de cette année a permis de mettre en commun le travail des partenaires nord et sud. Il a été décidé d’organiser une campagne d’informations pour tous les élèves, ainsi que des Tests Rapides d’Orientation Diagnostic (T.R.O.D) avant de proposer une vaccination.

Nous avions tous beaucoup de craintes tant sur l’organisation pratico-pratique que sur le déroulement de cette opération. La crainte majeure était : combien allions nous avoir de résultats positifs chez les enfants et comment allions nous gérer cette situation ?

De part le travail de réflexion important fourni par l’équipe d’AMSOLID Sud, l’équipe pédagogique du collège 67 Ha et par nous même, Amsolid nord, le déroulement de l’action a été plus que positif. Les propositions des uns et des autres ont pu être prises en considération, permettant à chacun de trouver sa place dans ce projet. La mise en place de binômes franco/ malgache s’est avérée être une expérience riche pour tous et nécessaire pour rassurer les enfants mais aussi les adultes que nous sommes. Plus de 400 jeunes filles de 6ème, 5ème et 4ème ont ainsi pu être dépistées et vaccinées durant cette campagne.

Un grand merci à tous les membres d’AMSOLID nord et sud ainsi qu’à l’équipe pédagogique du collège pour la réussite de cette opération ; un grand merci à Pascal Mélin pour ses compétences et son investissement sans qui ce projet Hépato Hépatant n’aurait pas vu le jour.

Christian Huard, Président et toute l’équipe AMSOLID Nord

PROJET TROD/VACCINATION HB AU COLLEGE 67 HECTARES À MADAGASCAR

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Deux associations, SOS Hépatites Fédération et Amsolid ont réuni leurs énergies et leurs volontés pour développer ce projet.

Les dernières études maintiennent que Madagascar, avec ces 22 millions d’habitants, se situe dans la zone de forte endémie d’hépatite B avec plus de 8 % de la population concernée. En fait en fonction des régions, le taux de personnes infectées se situe entre 4 et 26%.

Nous reviendrons sur ce projet dans les jours à venir mais les premières visions de Madagascar, nous expliquent, si on l’avait oublié, que la pauvreté est le meilleur terreau de la maladie. On peut retrouver au détour d’une rue un tas d’ordures ménagères dans lequel de pauvres gens passent et fouillent pour trouver de quoi survivre.

Lorsqu’on se souvient que sur l’île de Madagascar 90 % de la population a fait son hépatite A et en est guérit avant l’âge de 10 ans, on imagine alors que les conditions d’hygiène ne sont pas forcement optimales.

Ici on comprend l’épidémiologie locale dés le premier regard

Imaginez une rivière en pente douce qui s’étend derrière de pauvres habitations.Vous découvrirez en quelques mètres que cette rivière sert de zone de lavage, de transport de briques fabriquées sur la rive opposée, de pêche et que le linge qui y est lavé est séché à même l’herbe, la même que celle où passent les zébus…

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Voilà probablement une explication simple sur la rupture des barrières d’hygiène….et l’explication de la diffusion virale.

A ce jour, 45 % de la population a moins de 15 ans et la population a été multipliée par 5 en 50 ans. Malgré tout cela, le taux de personnes vivant avec le VIH est de moins de 1 % mais l’espérance de vie ne dépasse pas 60 ans. Pourtant, même si 56 % des malgaches vivent avec moins de 0,30 euros par jour, ils ont réussi à maintenir les soins primaires avec plus de 80% des nourrissons bénéficiant de vaccinations minimales. Mais pour le gouvernement malgache, la priorité sanitaire reste la lutte contre le paludisme qui est toujours présent en 2013. L’hépatite B semble la grande oubliée à Madagascar en 2013. Alors que l’OMS a défini quatre priorités infectieuses : sida, tuberculose, paludisme et depuis peu hépatites virales.

Mais ne vous inquiétez pas nous sommes comme les zébus on y bosse.

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Pascal Mélin

SOS HEPATITES ET AMSOLID VOLENT AU SECOURS D’UNE GENERATION SACRIFIEE PAR L’HEPATITE B

SOS hépatites ne se contentera plus de dénoncer, maintenant nous agirons, avec nos faibles moyens, mais nous agirons !
Depuis toujours, SOS hépatites réclame la vaccination universelle contre l’hépatite B dans tous les pays et ce, dès la naissance. Lors de l’appel de Madagascar (il y a deux ans), l’état des lieux avait montré que même dans les pays où la vaccination contre l’hépatite B était réalisée, elle intervenait le plus souvent à 6 mois et donc trop tard par rapport à l’exposition des nourrissons et à leurs risques de contamination par leurs mères, si ces dernières étaient infectées…

Madagascar est une île intéressante d’un point de vue épidémiologique. Les conditions socio-économiques se sont dégradées depuis quelques années : 45% de la population a moins de 15 ans et l’on estime à 2,3 millions la proportion de personnes infectées par l’hépatite B sur 22 millions d’habitants. Avec une prévalence variant de 5% à 35% selon les régions. Pourtant, l’existence de dispensaires a permis de maintenir un taux de couverture de la vaccination proche de 90%. Alors qu’en 1992 l’OMS avait demandé que la vaccination contre l’hépatite B puisse se généralisée à Madagascar, en 2012, 20 ans après (et 30 ans après la mise au point du vaccin) l’État malgache a recommandé la vaccination contre l’hépatite B à partir de 6 semaines. Cependant, la gratuité n’est pas de mise. Malheureusement les moyens n’étant pas au rendez vous, bon nombre de nourrissons ne sont pas vaccinés et les adolescents qui vont entrer en sexualité vont mener leur vie d’adulte en jouant à la roulette russe avec l’hépatite B ; de plus, les jeunes femmes qui se contamineront et déclareront une maladie chronique contamineront probablement leurs enfants. Voilà comment est né le projet « Vaccination VHB pour Madagascar ». SOS Hépatites a levé des fonds propres pour acheter 500 TRODs VHB et 500 vaccins, mais, ,e connaissant pas suffisamment l’île , nous nous sommes associés à AMSOLID (amitié solidarité). Cette association est le résultat d’une rencontre pédagogique entre le collège 67 hectares de TANA et le collège Emilie Carles d’Ancerville dans la Meuse. L’aventure a débuté depuis plus de dix ans par des échanges entre enseignants et élèves, puis l’envoie par container de matériel pédagogique et informatique. Le collège 67 hectares ne comprenait pas d’infirmerie pour ses 1500 élèves.

C’est grâce aux bénévoles d’amsolid nord que des fonds ont été récupérés et qu’une infirmerie a pu voir le jour, après la réfection des sanitaires pour les rendre utilisables. Sans le savoir, AMSOLID œuvrait déjà la lutte pour l’hygiène et la limitation des risques d’hépatite A au sein d’un collège à Madagascar. Pendant ce temps, sos hépatites voulait prouver que les TRODs avaient leur place dans la lutte contre l’hépatite B dans les pays sous-développés en permettant d’unir dans un espace temporel dépistage et vaccination.
Nous voulions réaliser, chez des pré- adolescents, avant la mise en place de leur sexualité, un dépistage du VHB par le TROD une première vaccination pédiatrique. On pouvait ainsi imaginer que l’on pourrait évaluer le nombre d’enfants contaminés précocement et surement exposés à une transmission mère /enfant et ce, dans un collège situé dans une zone particulièrement défavorisée de TANA.
AMSOLID est une association bicéphale avec une représentation nord, en France et une équipe dans le SUD à Madagascar. Après une convention avec SOS hépatites, nous nous sommes consacrés à la recherche de budgets pendant que nous formions les futurs militants qui allaient utiliser des TRODs une fois sur place. L’institut pasteur et l’ARS (Agence régionale de santé) avaient été contacté, ainsi que de nombreux partenaires dont le ministère de la santé et le ministère de l’éducation qui, tous deux, avaient validé et ratifié ce projet. Les TRODs étaient livrés, les vaccins aussi! L’action pouvait alors démarrer… Mais, devant le faible nombre de vaccins, nous décidions alors de recentrer notre action et de ne faire un test qu’aux filles .Car en cas de tests négatifs, elles seront alors accompagnées vers une vaccination immédiate avec l’assurance de pouvoir ainsi protéger également les futurs bébés qu’elles porteront. Dans cette décision il n’y avait pas là de volonté de sexisme mais simplement d’optimisation et de recherche d’efficacité maximale. L’ensemble des élèves garçons et filles ont accès aux informations en espérant ainsi une mobilisation locale par les professeurs et les élèves.
Avec 0,3 % de la population infecté par le VIH, Madagascar se situe dans la fourchette basse des pays africains. Pour autant, de nombreuses actions sont menées via les ONG. On retrouve même en plein centre ville un monument à la mémoire des personnes morte du SIDA ….

… Mais qui parle des 10 à 20 % de la population infectées par le virus de l’hépatite B et des milliers de morts silencieux… je rêve d’une stèle à leur mémoire…

Pascal Mélin