EASL : LA DEUXIEME GENERATION ARRIVE…

 

easl 2013Après les antiprotéases de première génération comme le bocéprévir et le télaprévir actifs uniquement sur le virus de l’hépatite C de génotype 1, nous attendons beaucoup des antiprotéases de deuxième génération activent sur tous les génotypes.

L’EASL a tenue ses promesses avec la présentation de nombreuses molécules en cours d’étude et de développement. Mais intéressons nous à  la prochaine qui sera probablement mise sur le marché et qui  est le sofosbuvir, un inhibiteur nucléosidique de la partie NS5B du virus. De nombreuses études lui étaient consacrées et présentées mais retenons l’essentiel. Il s’agit d’un nouveau médicament qui se prend par la bouche en une prise par jour avec peu d’effets secondaires en dehors d’une fatigue, de quelques nausées, des douleurs musculaires, mais ça les malades ayant déjà eu un traitement connaissent et ont appris à gérer. En tout cas, à priori, aucun nouvel effet secondaire majeur inconnu jusqu’alors (dans les études seuls 2% des malades ont du arrêter le traitement pour des raisons liés aux effets secondaires).

Les résultats de quatre études ont été présentés à l’EASL et seront publiées très rapidement dans la célèbre revue le New England Journal of Médecine(NEJM). Le laboratoire Gilead, propriétaire de cette molécule, n’a pas eu recours aux énergies renouvelables pour trouver les noms à ces quatre études qu’il a nommées respectivement : Neutrino, Fission, Positron et Fusion. Vous noterez au passage que nous ne faisons aucune allusion au fait que la fusion nucléaire ne soit que théorique et encore jamais contrôlée, ce que nous ne souhaitons pas à cette nouvelle molécule, bien sûr.

Plus de 1000 patients ont été inclus dans ses quatre études, elles permettent de valider l’intérêt que nous pouvons porter au Sofosbuvir mais surtout, pour les malades, elle ouvre la porte aux traitements cours de 3 à 4 mois en laissant espérer l’arrivée de traitement sans interféron.

 

Les 4 études avec le Sofosbuvir

Étude Population Groupes de traitement Taux SVR12
NEUTRINO Génotype 1/4/5/6 naïf de traitement Sofosbuvir + RBV +  Peg-IFN12 semaines   90 % (295/327)
FISSION Génotype 2/3 naïf de traitement Sofosbuvir + RBV12 semainesOU

Peg-IFN + RBV24 semaines

67 % (170/253) 

67%  (162/243)

POSITRON Génotype 2/3, intolérant à l’IFN, inéligible ou réticent 

 

Sofosbuvir + RBV12 semainesOU

 

Placebo12 semaines

78 % (161/207) 

 

0 % (0/71)

FUSION Génotype 2/3 prétraités Sofosbuvir + RBV12 semainesOU

  Sofosbuvir + RBV16 semaines

50 % (50/100) 

73 % (69/95)

 

 

Lançons-nous dans les commentaires.

Pour les génotypes 1, 4, 5, 6  les plus difficiles à traiter et à éradiquer en bithérapie classique, la réponse est apportée par l’étude NEUTRINO chez les patients jamais traités. Nous obtenons 90 % de guérison avec une tri-thérapie interféron/ribavirine/sofosbuvir avec seulement 3 mois de traitement. C’est un formidable message d’espoir.

Pour les patients infectés par un génotype 2 ou 3 jamais traité, l’étude FISSION démontre que la bithérapie ribavirine et sofosbuvir pendant 3 mois fait aussi bien avec 67% de guérison que la bithérapie classique interféron/ribavirine pendant 6 mois.

Nous y voilà dans les traitements sans interféron !!!

Et l’étude POSITRON confirme que cette nouvelle bithérapie est une bonne façon de récupérer les malades lors d’une difficulté avec l’interféron.

Enfin l’étude FUSION nous montre que chez les patients infectés par un génotype 2 ou 3 qui n’ont pu être guéris avec une bithérapie standard.

50% peuvent être guéris avec la nouvelle bithérapie pendant 3 mois et cela monte à 73 % de guérison si l’on pousse à 4 mois. On croit rêver !

Soyons critiques, pour vous, nous avons décortiqué ces études et il nous semble important de faire quelques pondérations. Depuis toujours dans les études, nous communiquons  sur les résultats pour les génotypes 2 et 3 ensembles. Hors il s’avère que les meilleurs résultats sont obtenus avec le génotype 2 et qu’ils sont moins bons avec le génotype 3.À l’avenir il sera important de faire des études spécifiques.

Le statut des lésions influence aussi les résultats, ainsi comme nous le savions déjà les traitements ont moins de chance d’être efficaces chez les patients traités au stade de cirrhose. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons pas, pour les malades pré-cirrhotiques, tenir le discours d’attendre pour avoir accès aux nouvelles molécules. Il faut se traiter avec les médicaments existants et accessibles en 2013.Il faut gagner du temps sur la maladie et du temps sur le temps.

Autre réflexion pour les patients déjà traités en bithérapie classique, les résultats sont à pondérer en fonction du statut et de la réponse du malade au précédent traitement. Lorsque nous analysons les résultats les patients ayant le plus de chance de guérir définitivement sont les malades répondeurs-rechuteurs puis viennent les répondeurs-partiels et enfin les non-répondeurs.

Ne gâchons pas notre plaisir un non-répondeur cirrhotique a quand même 20% de chance de guérir avec ces nouvelles combinaisons et peut-être faudra t-il traiter plus longtemps et ajouter une quatrième molécule ? En tout cas souvenons-nous qu’à l’époque de la monothérapie interféron nous allions au traitement la fleur au fusil pour 15 % de guérison. Alors oui nous progressons et il semble maintenant qu’avec la puissance de ces nouvelles séquences thérapeutiques l’impact du génotypage de l’IL 28 B pourrait perdre de son intérêt.

Alors, la question cruciale pour les  patients est « quand aurons-nous accès à cette nouvelle molécule ? »

En France, moins de 10 patients ont pu en bénéficier en dehors des études et à ce stade de développement. Le Sofosbuvir n’a été autorisé qu’aux malades en post-greffe faisant une récidive de leur hépatite C sévère. Une demande de reconnaissance de cette molécule comme médicament a été déposée auprès de la Food and Drug Administration (FDA) aux USA le 8 avril dernier et la démarche devrait suivre en Europe. On nous parle d’une Autorisation Temporaire d’Utilisation (ATU) de cohorte pour septembre prochain. Les malades ne peuvent pas attendre et risquer de mourir  s’ils ne peuvent bénéficier des nouveaux traitements car tous ne pourront pas être greffés.

Se pose alors l’accès aux nouvelles molécules de façon compassionnel, c’est cette question que les associations  de patients ont décidé de débattre à l’échelon européen dans le cadre du symposium de ELPA qui s’est  tenu hier  à Amsterdam.

Nous reviendrons vers vous pour vous en donner un compte rendu.

Pascal Mélin  pour SOS Hépatites

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