Archives Mensuelles: février 2017

LA DOUBLE PEINE…

On avait presque oublié… Presque oublié comment il est difficile d’annoncer l’échec d’un traitement contre l’hépatite C. Quand les traitements avaient une chance sur deux de vous guérir, je demandais souvent aux malades : « Êtes-vous prêt à ne pas guérir ? » Les réponses ont toujours été surprenantes et riches de débats. Mais aujourd’hui, cette question serait clairement de la provocation avec plus de 95 % de chance de guérison. La semaine dernière, je devais annoncer à un patient qu’il avait rechuté. Porteur d’une cirrhose, la recherche du virus était négative depuis la fin du premier mois ! Le malade y a cru et nous aussi, il a fini son traitement dans de bonnes conditions. Nous avions demandé une nouvelle charge virale un mois après l’arrêt du traitement, mais également une échographie, car la dernière avait été réalisée 6 mois avant le traitement. Le patient était dans la salle d’attente, je regardais ses examens de biologie. Aucun doute, le virus réapparaissait ! J’allais lui dire en me dépêchant d’ajouter qu’il n’y a pas de bile à se faire, […]

Combien y aura-t-il d’usagers de drogues porteurs du VHC dans 10 ans ?

C’est la question à laquelle l’équipe de Cousien a tenté de répondre, grâce une modélisation qui a été publié dans Hépatology en 2015 et qui tenait compte de l’arrivée des nouveaux traitements. Scénario 1 : Si on s’en tient à la stratégie de dépistage et de traitement actuelle (2015) des usagers de drogue(UD) on comptera encore 24 % des usagers de drogue contaminés par l’hépatite  C. On doit pouvoir faire mieux, mais quelle stratégie adopter ? Scénario numéro 2 :  En plus de la stratégie actuelle, on réduit le temps entre la contamination et le dépistage. L’objectif est de le ramener à­ 6 mois contre 15 à 18 mois actuellement. Cela nécessite de dépister plus régulièrement. Cette stratégie n’aurait aucun effet avec toujours 24 % UD contaminés dans 10 ans. Scénario numéro 3 :  Autre hypothèse en plus de la stratégie actuelle, on tente de réduire le temps d’accès aux soins à 6 mois contre 2,6 ans actuellement, ce qui devrait limiter les malades perdus de vue à 5 % par an, contre 13,8 % par an actuellement. Cette stratégie ne serait guère efficace, car on compterait encore […]

Les patients co-infectés VIH-VHC… sont des patients comme les autres…

Depuis 30 ans, les patients co-infectés étaient les véritables « monsieur plus » de l’hépatologie, car la co-infection donnait plus  de cirrhose, plus de forme grave, plus de passage à la chronicité, était plus rapidement progressive, et générait plus d’échec en cas de traitement par interféron et ribavirine. L’interféron agissait en stimulant les défenses immunitaires déjà mises en défaut par le VIH expliquant ainsi la perte d’efficacité des traitements à base d’interféron chez les immunodéprimés.  Mais aujourd’hui les AAD (Antiviraux à Action Directe) agissent directement sur le virus de l’hépatite C, indépendamment du système immunitaire.   C’est ce qu’a rappelé l’équipe allemande de Buggisch au congrès de l’AASLD de 2016, à partir d’une cohorte allemande de 2056 patients, en comparant 8 à 12 semaines de traitement par sofosbuvir et ledipasvir pour des patients infectés par un génotype 1. La cohorte comprenait 237 patients co-infectés. Les résultats étaient spectaculaires ! Que les patients soient traités 8 ou 12 semaines, qu’ils soient mono ou coinfectés, on obtenait plus de 96% de guérison. Seule la cirrhose avait un impact négatif avec « seulement » 90 % de guérison nécessitant plutôt 12 semaines de traitement. L’équipe de Buggisch déclarait que les patients VIH-VHC étaient des patients […]

NOUS SOMMES TOUS DES CANARDS DU SUD-OUEST…

  Nous vivons une époque hépatante ! En ce mois de février 2017, la France vit une immense épidémie virale. Ce n’est ni la grippe, ni la rougeole, encore moins une hépatite virale. C’est la grippe aviaire qui touche les élevages du sud-ouest. Quelle est la réponse à cette épidémie virale ? Simple : la décision a été prise d’abattre les 600 000 volatiles des élevages de la région. Cette réponse est pour le moins radicale. On espère que cette solution sera efficace, mais si on demande aux éleveurs que nous disent-ils ? Ils nous disent que la recherche sur les épidémies virales animales est insuffisante et que ce qui manque cruellement, c’est l’existence d’un vaccin. Car, même si techniquement les virologues confirment que la mise au point d’un tel vaccin est possible, aucun engagement de financement ou de recherche n’est actuellement mis en place. Pourtant, tout le monde sait que la recombinaison d’un virus de la grippe aviaire avec le virus de la grippe humaine serait potentiellement catastrophique. Même l’industrie du cinéma s’est emparée de cette hypothèse dans des scénarios d’épidémies fictions […]

Hépatite C : si un jour vous avez abandonné l’interféron… Revenez nous en parler…

Pour mettre fin à l’épidémie d’hépatite C en France tout ne passera pas par le dépistage. En effet, il existe entre 50 000 et 100 000 personnes qui se savent déjà porteuses de l’hépatite C et qui sont sorties du suivi et du parcours de soins. Je voudrais vous raconter l’histoire de ma consultation du jour. Un homme de 52 ans a fait plus de 80 kilomètres pour consulter. Il se sait porteur du VHC depuis 1999. En 2001, il a été traité par interféron et ribavirine. Au bout de 6 mois, le virus était toujours présent, le patient lui devenait de plus en plus irritable et un syndrome dépressif s’installait… Le patient abandonnait alors le traitement et au bout de quelques mois, il abandonnait également son suivi spécialisé de 2001 à 2017. Pendant 16 ans, une importante énergie a été consacrée à faire disparaître tout souvenir de l’hépatite… Pendant 16 ans, son médecin traitant, une à deux fois par an lui rappelait qu’il devait reprendre son suivi et consulter un spécialiste. Pendant 16 ans, le patient a dû résister en […]

HÉPATITE C : IL FAUT TRAITER PLUS DE MALADES, MAIS QUI S’Y COLLE ?

C’est une question que tout le monde se pose médecins, politiques et associatifs. Il semble bien qu’actuellement, notre système d’accès aux soins ne puisse pas guérir plus de 17 000 à 20 000 personnes par an. Mais, comme l’accès au traitement pour tous a été prononcé, il semble difficile de ne pas répondre aux demandes des malades qui ne souhaitent pas attendre. Le nombre de médecins spécialistes ne va pas augmenter miraculeusement en quelques mois. Alors comment faire ? Faut-il élargir à plus de professionnels de santé qui pourraient suivre les malades porteurs d’hépatites C ? C’est la question à laquelle une équipe américaine a tenté de répondre en proposant l’étude ASCEND. Ce sont 600 patients qui ont été traités par Sofosbuvir et Ledipasvir, par respectivement 6 hépatologues, 5 infirmières et 5 médecins généralistes qui avaient bien sûr reçu une formation spécifique. La répartition était tirée au sort. Le taux de guérison globale était de 93,6 %, et plus particulièrement 95 % pour les infirmières, 94,5 % pour les médecins généralistes et 92,3 % pour les hépatologues.

DÉPISTAGE DU CANCER DU FOIE : QUELLE STRATÉGIE ADOPTER ?

Lorsqu’on est porteur d’une cirrhose, la crainte est l’apparition d’un cancer du foie, ce qui survient dans 3 à 5% des cas chaque année. Actuellement, toutes les Sociétés savantes recommandent la réalisation d’une échographie abdominale tous les 6 mois pour dépister l’apparition d’un cancer du foie, mais ne pourrait-on pas faire mieux ? C’est ce que l’équipe de Singal (USA) a tenté d’analyser. Cette étude a porté sur 1800 personnes porteuses de cirrhose ou fortement suspectées de l’être. Trois groupes de 600 personnes ont été constitués : – Groupe 1 : Communication sur le dépistage basé sur le suivi classique avec échange d’informations sur l’intérêt du dépistage échographique du CHC dans la cirrhose. – Groupe 2 : Relance par courrier pour respecter le calendrier de dépistage. – Groupe 3 : Identique au groupe 2 avec en plus une personne faisant la liaison entre le patient et l’équipe réalisant le dépistage biannuel. Les personnes des groupes 2 et 3 qui ne se présentaient pas au rendez-vous étaient relancées par téléphone 3 fois sur quinze jours. Les résultats sont […]

SHAWKAN, UN SYMBOLE HÉPATANT…

En ce moment, tout le monde a ses idoles, pour les élections primaires, la présidence, les miss France, le hand-ball… À SOS Hépatites, notre idole c’est Shawkan. En France, il est naturel que toute personne incarcérée puisse se soigner y compris d’une hépatite C, mais les prisons égyptiennes ne sont pas les prisons françaises. La population égyptienne est atteinte d’hépatite C à la hauteur de 15 à 20 %. L’accès aux soins contre l’hépatite C est devenu une priorité nationale. Des stratégies d’aide internationale se mettent en place pour aider l’Egypte. C’est le cas en France avec l’ANRS (Agence Nationale De Recherche sur le SIDA et les hépatites virales). Mais, revenons sur les faits pour ce qui nous intéresse aujourd’hui : En août 2013, le 14 août le même jour où le Président Morsi est destitué, les forces armées égyptiennes donnent l’assaut contre les frères musulmans qui occupaient depuis un mois les places Rabaa et Nahda au Caire. Cet assaut meurtrier sera responsable du décès de plus de 800 personnes. Des journalistes sont présents pour couvrir l’événement, et trois d’entre eux sont arrêtés et mis […]

ON VA ENCORE DIRE QUE LES TRAITEMENTS … NE MARCHENT PAS CHEZ LES BLACKS !

Même si les nouveaux traitements contre l’hépatite C permettent d’obtenir plus de 90 % de guérison, il faut s’intéresser aux patients qui dans 10 % des cas sont en échec. C’est ce qu’a fait l’équipe du Dr Sarpel et a rapporté les résultats à l’AASLD 2016 : « D Sarpel, I Wasserman, AL Trochtenberg, et al. Non-adherence is the most important risk factor for ledipasvir/sofosbuvir HCV treatment failure in the real world. AASLD Liver Meeting. Boston, November 11-15, 2016.Abstract 1978.» Ce centre d’hépatologie new-yorkais a traité des patients par Harvoni et a comparé les données de 43 patients en rechute virologique 6 mois après l’arrêt du traitement, avec celles de 101 patients guéris, non virémiques à 6 mois post traitement.  La principale cause de cette différence de résultats était la mal-observance (définie comme la non-prise d’au moins 7 doses d’Harvoni). Quelles en étaient les causes ? – L’incapacité de prendre le traitement prescrit dans 5 cas, – L’hospitalisation dans 3 cas, – Perte de traitement 1 cas, – Problème d’approvisionnement 1 cas – Effet indésirable pour 1 cas. En analyses multivariées, il y avait : – 3,84 fois […]