CVIRUS MUTANTS’était une consultation qui s’est déroulée il y a quelques années. C’était un homme d’une cinquantaine d’années qui s’est présenté à ma consultation en me déclarant : « docteur, il faut me sauver. Il faut absolument me donner un traitement car mon hépatite B est grave et va me tuer… Le précédent docteur que j’ai vu n’a pas voulu me traiter et m’a indiqué que j’étais infecté par un mutant pressé ». C’est alors que j’ai compris l’angoisse de celui qui était en face de moi. Le corps médical lui avait dit qu’il était porteur d’une hépatite B chronique avec un mutation en situation pré-C. Et le malade avait compris lui en phonétique qu’il était infecté par un virus mutant pré-C. Vous pensez que c’est là une histoire de chasse, et bien non, car c’est histoire qui s’est répétée de multiples fois ? Interrogez les hépatologues, ils vous diront l’avoir déjà vécu.

Un mutant, ça vous évoque quoi ?

Un monstre sorti directement d’un film de science-fiction ? Et un virus mutant, encore plus fou non ? Un virus mutant est dans l’inconscient collectif un virus plus agressif, plus transmissible et plus contagieux. On n’imagine pas qu’un virus mutant puisse s’être simplement adapté en se multipliant certes, mais dans de moins bonnes conditions. Le génome du virus (son chromosome) comporte une partie que l’on nomme C. On parle de virus mutant pré-C quand une mutation acquise dans cette région permet au virus de se multiplier et ce malgré la production d’anticorps. Le virus mute pour s’adapter ! Pour s’adapter à la pression immunitaire de son hôte.

Il est donc surprenant drôle et triste à la fois que les mêmes mots ne raisonnent pas de la même façon dans la tête d’un malade ou d’un médecin. D’autres malades ont entendu qu’ils étaient infectés par un virus pré-C. Ils sont donc venus voir leur médecin et leur ont demandé de vérifier par prise de sang si leur virus de l’hépatite B ne s’était pas encore transformé en virus de l’hépatite C.

Nous n’entendons décidément pas les mêmes choses… Mais plus que jamais il faut se parler…

Pascal Mélin