BOUCHON CIRCULATIONJ’étais alors un jeune étudiant en médecine et je participais à la réunion hebdomadaire du service quand le patron me demanda : « côté VO, il y a du nouveau ?». Je réfléchissais à toute vitesse, de quoi parlait-il ? Impossible qu’il me parle de la dernière affiche au cinéma d’art et d’essai en VO ! Décidemment, je détestais les acronymes de la médecine que je ne connaissais pas bien ! C’est alors que l’interne du service me sauva la mise en me tendant une feuille sur laquelle était notée VO = VARICES OESOPHAGIENNES. Je répondais alors au patron : « Monsieur les varices sont stables depuis 2 ans et sont toujours de grade 2/3 ».

Les VO (varices œsophagiennes) sont le parfait sujet lors des départs en vacances, car les VO ne sont ni plus ni moins que les itinéraires de délestage, les itinéraires verts de bison futé (paix à son âme, il va disparaître).

Tentons d’expliquer les VO…

Le haut du corps et le bas sont séparés par le diaphragme et le foie est un des moyens de faire passer le sang de la partie basse du corps vers le dessus en passant à travers le diaphragme via ses veines sus-hépatiques. Comme nous le savons tous, le sang doit revenir au cœur pour être à nouveau envoyé dans les poumons, être oxygéné et repartir dans la grande circulation… Mais quand le foie est fibrosé et surtout quand il est atteint d’une cirrhose, le sang ne peut plus passer à travers le foie pour rejoindre le cœur de l’autre côté du diaphragme et il se met donc à prendre les itinéraires bis… Ainsi, le sang qui ne peut passer dans le foie va faire dilater la veine porte qui arrive au foie, puis le sang arrive à la rate qui bien sûr se met à grossir et donc à détruire les plaquettes (voilà pourquoi les plaquettes sont basses chez le cirrhotiques). Il existe des petits vaisseaux faisant communiquer la rate à la paroi de l’estomac. Les petites routes accueillent donc tout le trafic de l’autoroute fermée, mais pour accueillir tout le monde les vaisseaux doivent se dilater. Puis des parois de l’estomac, le sang remonte par les veines de l’œsophage qui doivent alors se dilater d’où le terme de VARICES OESOPHAGIENNES… Enfin le sang emprunte les veines azygos pour revenir au cœur. Ainsi, l’itinéraire bis a fonctionné, permettant au sang après avoir emprunté les voies de délestage d’arriver à sa destination…
Le problème, c’est que des petites routes ne sont pas faites pour supporter un tel trafic. Alors les veines œsophagiennes se dilatent, mais malheureusement les varices peuvent se rompre provoquant alors une hémorragie digestive.

Même les bouchons sur les autoroutes lors des départs en vacances peuvent être hépatant.

Pascal Mélin