JOURNAL BMJ

 

Incompréhensible l’article publié ce mercredi 15 janvier dans la prestigieuse  revue britannique du British Médical Journal et qui remet en cause le dépistage et le traitement des malades infectés par le virus de l’hépatite C.  Cet article intitulé : “Is widespread screening for hepatitis C justified?”a été rédigé par 3 médecins et un journaliste américain, tous étrangers au monde hépatologique.

Plutôt que des mousquetaires, ils semblent bien être des paparazzis de l’hépatologie et osent remettre en cause les recommandations  de l’organisation mondiale de la santé (OMS).

Il faut commencer par dire que leur débat porte sur la vision de l’épidémie aux USA  mais qu’en aucun cas ils ne font des propositions  pour d’autres pays. SOS hépatites est profondément scandalisée par cet article et conteste  ses conclusions selon lesquelles cela ne sert à rien de dépister ni de traiter.

Heureusement les experts français n’ont pas la même vision. C’est ce qui a été à nouveau réaffirmé fortement lors du 8 ème  congrès PHC qui s’est tenu à Paris le 12 et 13 janvier. A cette occasion le Pr Marcellin a déclaré  que chaque personne devrait se voir offrir le dépistage de l’hépatite C au moins une fois dans sa vie.

Démontons point par point les arguments de cet article  de propagande faute d’être un article médical.

Le décor, la réflexion se posent aux USA, pays riche aux importantes disparités sociales où les soins sont pris en charge par des structures privées après qu’elles aient donné leur autorisation. Les Etats-Unis comptent 2,7 millions de personnes infectées et l’hépatite C  est responsable de 16000 décès annuels. Mais en 2015 les données épidémiologiques sont propres à chaque pays. Ainsi aux USA  la plus grande partie des personnes infectées se retrouve chez les personnes nées entre 1945 et 1965.  Cette analyse en soi est déjà très intéressante car elle montre un tournant dans la communication, on ne parle plus de groupe à risque ou de pratique à risque mais de population générale. L’hépatite C concerne aujourd’hui monsieur tout le monde et en particulier la génération des baby-boomers (plus particulièrement pour les USA).

Les auteurs contestent les modèles épidémiologiques et annoncent  que chaque année seuls 0,6%  des malades décèdent d’une complication hépatique  et ce, sur une maladie qui évolue en 20 à30 ans alors que de nombreuses études les contredisent… A aucun moment, il n’est fait état de la perte de qualité de vie des patients, de la difficulté de vivre avec l’angoisse  de contaminer, des problèmes sociaux, psychologiques ou familiaux que nous connaissons bien.

Messieurs les spécialistes,  la mort n’est pas la seule complication même si vous estimez que 80 à85% des malades mourront d’autre chose que du foie. En suivant le même raisonnement, faut-il traiter le diabète ou le cholestérol des gros fumeurs ? Les exemples sont criants.

Mais on touche à l’obscurantisme lorsque les auteurs déclarent qu’il n’y a aucune preuve  de la diminution des complications hépatiques, ils évoquent même la disparition de l’ARN virale C comme un marqueur indirect dont la fiabilité à long terme  n’est pas démontré ! On croit rêver. Les études ont montré que lorsque l’on éradiquait le virus C d’un patient au stade cirrhose on faisait diminuer le risque de cancer mais sans le  faire disparaitre totalement. C’est que nous appelons  guérir trop tard car la cirrhose peut alors d’elle-même cancériser. Mais les auteurs affirment qu’il est facile de guérir les hépatites minimes, qui de toute façon n’auraient jamais donné de complication hépatique et qu’à l’inverse guérir des cirrhoses n’évite finalement pas le risque de cancer, alors à quoi bon guérir des gens qui n’en auraient pas besoin !

Mais c’est une fois de plus traiter des foies et de la fibrose hépatique et non des malades avec beaucoup d’autres manifestations. Nous malades, refusons d’être réduits à des foies ou à des virus !

Il est inacceptable  d’oser dire que les patients  addicts ont d’autres causes de mortalité plus importantes que leur hépatite C.

Ce débat est né des pratiques d’accès aux soins américaines où l’on sait que l’assurance donne ou refuse ce dernier. Ce débat nous n’en voulons pas en France car il ne se pose et ne s’oppose pas comme cela, nous refusons toute stigmatisation.

Il est inacceptable que ce plaidoyer pour ne pas traiter et donc, pour ne pas dépister arrive au même moment que le débat sur le coût des traitements, Il y aurait des gens qui ne mériteraient pas leur traitement ou leurs soins ?  Va-t-on traiter sur des critères d’âge, de couleur de peau, de quota, de possibilité financière? Nous ne voulons pas de cet engrenage et refusons ce message élitiste que nous ne voulons pas adresser aux populations précaires, qu’elles soient dans nos pays dit développés ou dans les pays du Sud.

Il est honteux qu’une revue prestigieuse comme le BMJ publie des articles de cette teneur capables de remettre en cause les nombreux efforts pour venir à bout d’une épidémie que l’on peut juguler en 2015.

Pascal Mélin

Lien pour l’article: http://www.bmj.com/content/350/7991