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 Quand j’étais jeune je rêvais du futur : «  quand je serai vieux, quand j’aurai 35 ans… ».

J’imaginais un monde ou les repas seraient pris sous forme de pilules.

Aujourd’hui j’ai 49 ans et la réalité est tout autre On ne prend pas des pilules mais les patients cherchent  à prendre des traitements plutôt que de la nourriture. Jamais je n’aurais pu imaginer une chose pareille. Voilà  une situation que j’ai rencontrée plusieurs  fois ces derniers mois dans ma pratique de médecin hospitalier.

Confucius disait « quand les gros maigrissent les maigres meurent ».

En temps de crise, les familles en difficulté réduisent tous les postes budgétaires. Mais toutes les enquêtes l’ont prouvé le budget nourriture est l’un de ceux qui est le plus impacté. La malnutrition s’installe puis la dénutrition avec sa cohorte de symptômes et d’expression clinique. Aujourd’hui nous avons la possibilité de confirmer la dénutrition  aux patients qui présentent des problèmes atypiques. Mais voilà à plusieurs reprises lorsque j’évoquais la nécessité d’améliorer la ration alimentaire (terme pudique pour dire manger à sa faim) en évoquant l’accès aux banques alimentaires ou aux restaurants du cœur, les patients m’ont demandé des compléments alimentaires. Ces  compléments hyper caloriques sont disponibles en pharmacie  sur prescription médicale et bénéficient  d’un remboursement  et d’une prise  en charge par la sécurité sociale. Ces médicaments conçus initialement pour venir en aide aux patients cancéreux ou aux personnes âgées dénutries nous sont maintenant demandé par des patients qui ne peuvent plus s’alimenter correctement pour des raisons économiques.

Prendre des complétements alimentaires quand on n’a pas ou plus les moyens de s’alimenter. La sous-alimentation  doit-elle devenir une maladie ? Tout ne doit pas être médicalisé et l’absence de solution sociale ne doit pas aboutir à la surmédicalisation.

Le statut de malade ne devrait jamais être préférable à celui de non-malade.

Pascal Mélin