Archives Mensuelles: février 2013

Merci à celui qui m’a contaminé

« Avant de mourir je voudrais remercier celui qui m’a contaminé ». Quelle phrase bouleversante ai-je entendu ce jour-là. J’étais en face d’un malade porteur d’une cirrhose due à une hépatite C post-transfusionnelle responsable d’un cancer du foie inopérable et cet homme n’avait pas de colère ! Dans mes représentations, toutes les personnes contaminées par transfusion, même s’il n y avait pas eu « faute » puisque l’on ne connaissait pas le virus de l’hépatite C à cette époque, devaient être en colère. Et là, en face de moi, se tenait un homme qui non seulement n’éprouvait pas cette colère que j’estimais légitime, mais mieux encore remerciait celui qui l’avait contaminé ! C’était incompréhensible. Je me suis assis tout près de lui et il m’a raconté que 32 ans auparavant, après avoir consommé de l’alcool et repris la route en voiture, il avait eu un violent accident n’impliquant fort heureusement que lui-même. Les pompiers avaient mis plus de deux heures à le sortir de sa voiture et pour le maintenir en vie pendant toute l’intervention de désincarcération, on l’avait transfusé avec plus de 15 poches de sang avant de le transporter moribond au bloc, et de l’opérer en urgence d’une rate rompue responsable de cette hémorragie interne massive. « Vous comprenez docteur […]

Intéractions Médicamenteuses

Le boceprévir et le télaprévir rentrent désormais dans l’histoire de l’hépatologie en tant qu’anti-protéases de première génération. Néanmoins, ces deux nouvelles molécules auront « marqué » l’accès aux soins eu égard au fait que ces traitements n’ont pas amené une foule de malades dans les consultations spécialisées ! Pourquoi la ruée vers ces anti-protéasesn’a-t- elle pas eu lieu? Les causes sont probablement multiples mais la peur de la gestion des interactions médicamenteuses a sûrement une grande part de responsabilités dans ce résultat. Ces deux nouvelles anti-protéases ont en effet une tolérance particulière et cette combinaison thérapeutique à trois molécules (Interféron, ribavirine et une anti-protéase), bien que plus efficace pour les patients infectés par un virus de génotype 1, n’en n’est pas moins très difficile à tolérer.  Si l’on s’intéresse aux nombreuses interactions liées à l’association de ces trois molécules, on y retrouve pêle-mêle une baisse d’efficacité des œstroprogestatifs mais aussi des interactions avec les traitements de substitution aux opiacés, les antiépileptiques, les traitements hypocholestérolémiants, certains antidépresseurs, certains antituberculeux, les traitements de la maladie VIH-SIDA. Actuellement il faut parfois 6 mois de préparation pour modifier les autres traitements d’un patient, avant d’envisager la mise en route de la séquence thérapeutique contre l’hépatite C. Et ce temps de préparation reste fondamental […]

Un guide réédité

A quoi reconnait-on un bon livre ? Réponse : au fait qu’il est réédité ! Il en est de même pour les guides et c’est le cas du « guide social du médecin ». Il y a quelques années SOS hépatites avait dénoncé que face aux démarches sociales les médecins et les travailleurs sociaux étaient trop souvent perdus et ne parlaient pas toujours la même langue même s’ils tentaient d’aider la même personne. Dans nos partenaires, c’est l’ANGREHC (Association Nationale des généralistes pour la Recherche et l’Etude sur les hépatopathies Chroniques) qui avait répondu à cette attente, en éditant  un guide, avec le soutient de la caisse primaire de l’assurance maladie, du ministère de la santé et les laboratoires Reckitt Benckiser très investi dans  la lutte contre les addictions. C’est toujours sous la direction de Sibel Bilal que ce guide vient d’être réédité avec toutes les mises à jour nécessaires. On y trouve plein d’adresses utiles mais aussi des lettres types ou des fiches techniques, bref beaucoup de réponses aux problèmes sociaux que les malades (ou pas) peuvent rencontrer, c’est en ayant recours à ce type d’ouvrage que l’on peut réduire le temps insupportable nécessaire pour obtenir une réponse face à un problème social pour lequel on s’adresse à des professionnels de santé. SOS […]

Prendre un traitement

Il n’est peut être pas aussi simple de prendre un comprimé tous les jours même si celui-ci a une parfaite tolérance. Si vous en doutez, il suffit d’interroger les femmes qui prennent chaque jour une pilule œstro- progestative. Dans le VIH depuis plus de dix ans il a été montré que l’observance aux traitements est un facteur majeur de contrôle de l’infection, d’absence de développement de mutation, de résistance ou encore de complications liées à l’infection virale. Un auto-questionnaire a donc été mis au point et publié  Chesney MA et al. AIDS Care. 2000;12:255-66 & Carrieri P et al. J Acquir Immune Defic Syndr. 2001;28:232-9.   Une répartition en 3 classes a été ensuite effectué, dérivé également de celui publié pour le VIH (Carrieri P et al. J Acquir Immune Defic Syndr. 2001;28:232-9). Pour résumer : l’observance totale correspondait à une observance à 100 %, l’observance modérée à une observance comprise entre 80 et 100 % et la non-observance à une observance inférieure ou égale à 80 %. L’équipe du Pr Sogni  a réalisé une enquête du 1 janvier au 15 juillet 2009 en utilisant ce même auto questionnaire validé dans le VIH afin d’évaluer l’observance des patients atteints d’une mono infection liée a l’hépatite B et […]

Triste ou Vivant ?

C’est quoi être malade ?  Est-on obligé d’être triste ou perdu ?  Est-il possible d’être heureux avec une maladie ? Très souvent, je me pose ces questions et la plupart du temps, je suis tenté de dire oui et puis non… Finalement, je me retiens de répondre par l’affirmative à cette question par peur de choquer mon voisin ou d’affoler mon entourage. Parfois il m’arrive de dire haut et fort que l’on peut transformer sa vie, « retourner la crêpe » comme disait un mec qui possédait l’art de modeler les faits les plus terribles ou absurdes en des choses acceptables, vivables et parfois même drôles ! Sa préoccupation était de toujours opposer un événement positif et gai quand un autre, triste ou dévastateur se présentait et je ne vous étonnerai donc guère si je vous dis qu’un de ses films préférés était Docteur Patch réalisé par Tom Shadyac, avec Robin William dans le rôle du médecin. En France, il en existe quelques spécimens de Patch mais en général on ne les prend pas au sérieux, on les prendrait même pour des fous… Pourtant dans les services de pédiatrie, on fait intervenir des clowns, toutes les semaines. Riez les enfants, c’est vous qui avez raison, d’autant qu’on vous en donne le droit ! Parce que quand on arrive à […]

A.T.U.

ATU pourrait signifier Attendre Toujours Ultérieurement si cela ne voulait pas déjà signifier Autorisation Temporaire d’Utilisation. Cette disposition sanitaire autorise le corps médical à prescrire une molécule ayant fait la preuve de son efficacité mais en attente d’autorisation de mise sur le marché (AMM) afin de traiter, prévenir ou diagnostiquer des maladies graves ou rares, notamment lorsqu’il n’existe plus de traitement approprié. Dans l’histoire du SIDA  toutes les nouvelles molécules sont passées par un accès en ATU et ce, le plus souvent à la demande des patients ainsi qu’à grand renfort de communication et de transparence de la part des laboratoires pharmaceutiques. Actuellement trois molécules, Sofosbuvir, Daclatasvir, Asunéprévir, sont dans la situation de reconnaissance scientifique et dans les arcanes des autorisations administratives. A ce jour,  des patients en échec de traitements conventionnels avec l’interféron et la ribavirine auraient besoin de bénéficier, lorsqu’il existe des lésions graves, d’un accès en ATU à ces molécules. Certaines ATU ont déjà été demandées mais les prescripteurs ayant sollicité ce dispositif s’entendent dire qu’il y a très peu de demande ! Nous pouvons nous interroger sur les raisons qui font que ce dispositif est peu utilisé alors qu’il a été établi qu’un certain nombre de patients sont en échec thérapeutique. Les patients seraient-ils trop dociles, […]

Épidémie communautaire d’hépatite A dans le département du Nord, France, 2008-2009

Épidémie communautaire d’hépatite A dans le département du Nord, France, 2008-2009 Héloïse Lecocq et al. Sylvie Haeghebaert; Cire Nord, Institut de veille sanitaire, Lille, France En 2008 et 2009, une épidémie communautaire d’hépatite A s’est propagée dans le département du Nord. Un suivi épidémiologique a permis d’identifier les facteurs favorisant la transmission et d’adapter les mesures de contrôle. Au total, 492 cas confirmés ont été notifiés, dont 157 en 2008 et 335 en 2009. Cinq foyers épidémiques ont été observés. L’âge médian des cas était de 9,5 ans et le taux d’hospitalisation était de 28%. L’origine de la contamination était liée à une transmission active de personne à personne dans les familles ou l’entourage proche (45%), dans des communautés vivant en situation d’hygiène précaire (26%), au sein de collectivités d’enfants (17%). L’enquête virologique a mis en évidence la circulation intriquée, durant l’épidémie, de souches de génotype IA appartenant à 3 regroupements phylogénétiques. Outre le renforcement des mesures d’hygiène, le contrôle de l’épidémie a nécessité la mise en oeuvre de stratégies collectives (campagnes de vaccination dans les populations vivant en situation d’hygiène précaire) et individuelles (vaccination de l’entourage familial des cas), suivant les recommandations du Haut Conseil de la […]
Par |5 février 2013|Rapports|Commentaires fermés

Finir son traitement

Gilles est un patient que j’ai soigné de son hépatite C il y a plusieurs années et il nous est arrivé une aventure qui nous fait rire encore à chaque fois nous nous retrouvons en consultation de suivi… Gilles est en bithérapie interféron et ribavirine depuis  plus de 10 mois. Le traitement est lourd et difficile mais il arrive à son terme dans 3 semaines. Comme le virus n’a disparu qu’après cinq mois de traitements nous ne savons pas encore si nous nous orientons vers une guérison ou vers une rechute. Un jour, un médecin du service des urgences m’appelle pour me prévenir que Gilles y a été admis, fatigué, dénutri et que son état nécessite une hospitalisation. Je donne mon accord pour que Gilles soit orienté dans le service où j’interviens avant de me rendre à son chevet. Arrivé près de lui, je constate sa grande fatigue, une tension artérielle basse, qu’il ne s’alimente plus depuis quelques jours et je comprends très vite que son moral est au plus bas. Après l’avoir examiné longuement je ne retrouve rien qui puisse expliquer son état : rien à l’examen clinique, les premiers résultats de laboratoire sont normaux et pourtant il n’est vraiment pas en forme le […]